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  • Marie-Aude P.

Les Chroniques de Whistler, BC

Mis à jour : 3 juin 2019

Cette nuit je me suis réveillée en sursaut, dans ma chambre d'hôtel du village. Et pour cause, l'alarme incendie hurle dans mes oreilles. C'est tellement fort que ça me donne mal au coeur. Je ne sais pas ce qu'il se passe, alors la prudence étant de mise, je fais ce que tous les habitants de l'hôtel doivent être en train de faire en même temps que moi : je mets mes chaussures, mon manteau, prend mes clés et me dirige vers le hall d'entrée.


En arrivant dans le hall, j'aperçois Oliver qui fonce vers l'aile ouest (ma chambre est dans l'aile est), certainement vers le point de l'hôtel d'où l'alarme a été déclenchée. L'entrée se remplie peu à peu avec les vacanciers qui n'étaient pas en train de faire la fête dans un quelconque bar du village. Les cheveux sont hirsutes, autant que les miens, les regards un peu inquiets. Je retrouve Archie près du panneau du système d'alarme qui lutte pour couper la sonnerie. Quand on arrive enfin à couper l'alarme, il règne dans le hall une sorte de confusion tranquille. La bonne nouvelle c'est que l'alarme ne redémarre pas, ce qui veut dire que ce n'est sans doute rien de grave. On doit quand même tout vérifier avant de renvoyer les vacanciers dans leurs chambres. Les pompiers, d'une efficacité qui n'est pas à prouver, sont déjà là. Ils montent avec Oliver pour trouver d'où vient le problème. Ils reviennent à l'accueil avec un jeune homme qui semble complètement perdu et désorienté. C'est lui qui a déclenché l'alarme, sans raison apparente. On essaie de comprendre ce qu'il s'est passé, de savoir s'il a une chambre chez nous... Malheureusement pour lui, on ne peut pas faire grand chose pour l'aider. Déclencher une alarme sans raison est un crime au Canada, il finira donc sa nuit au poste. Après une bonne grosse demi-heure, on peut enfin renvoyer les vacanciers dans leurs chambres. Certains nous posent des questions, on ne peut pas leur dire grand chose, à part que c'était une fausse alarme et qu'ils peuvent retourner dormir sans s'inquiéter.


Tout ça pour vous dire que je dors à l'hôtel. Trouver un logement à Whistler est un vrai parcours du combattant, et les loyers sont très élevés. Quand on trouve un boulot qui offre aussi le logement, on peut s'estimer heureux. Ils ne sont pas rares les saisonniers qui partagent une chambre dans une maison surpeuplée pour un loyer pouvant aller jusqu'à 1000$ canadiens. Et cette situation ne se limite pas à Whistler, le problème est le même dans toutes les stations de vacances, qu'elles soient balnéaires ou de montagne, au Canada comme en France.... Alors oui je suis plutôt chanceuse. Quand j'ai décroché ce travail, je savais que j'allais bénéficier d'un logement, une chambre partagée avec une autre personne dans une maison au nord de Whistler, pour "seulement" 600$ par mois. Seulement voilà, la maison ne devait se libérer qu'au 1er décembre. On m'a donc proposé de loger à l'hôtel en attendant. Ce devait être l'histoire de 3 semaines. Et puis les trois semaines se sont transformées en 10 semaines et à l'heure où j'écris ces lignes je n'ai aucune idée de quand je déménagerai dans cette fameuse maison, ce doux rêve inaccessible.

Holà ! Je ne me plains pas, pas du tout ! Je paie ma chambre d'hôtel privée 600$ par mois, je suis très privilégiée, j'ai un toit sur la tête. Il me faut à peu près 2 minutes de trajet à pied pour arriver au boulot, ma situation présente bien des avantages. 


Mais la vie à l'hôtel est parfois étrange. Il m'arrive de ne pas sortir de la journée. Je me lève, vais au boulot et reviens dans ma chambre sans respirer l'air extérieur. Quand l'alarme se déclenche, bien sûr je vais donner un coup de main aux collègues, même en pleine nuit, même sur mon jour de congé. Je me promène souvent en pyjama dans les couloirs, pour aller jusqu'à la cuisine du personnel qui est dans l'aile ouest, c'est la classe. Et donc forcément les collègues me voient au réveil et honnêtement je n'en ai plus rien à faire ! J'arrive quand même à passer inaperçue au milieu des vacanciers, ce qui n'était pas le cas quand je travaillais et vivais à l'Auberge des Dunes. Il y en avait toujours un pour me demander, pendant mes jours de congé, à quelle heure il devait libérer la chambre ou bien où se trouvait la cuisine. Je me sens un peu comme le Fantôme de l'Opéra, sans les crimes, avec cette impression de faire partie des murs. On me demande plusieurs fois par jour "alors, tu déménages quand ?". J'en rigole, alors. Et encore une fois, ma situation pourrait être bien pire. Je pourrais dormir dehors, sous les bombes, sur le bord d'une route ou au fond d'une frêle embarcation quelque part sur la mer Méditerranée... Non, vraiment, j'ai de la chance.

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