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  • Marie-Aude P.

La mémoire dans la peau

Encore une journée chaude à Montréal. Pas caniculaire, mais chaude et lourde, le genre de temps qui nous fait apprécier l'air climatisé, même si on a une âme Zero Waste et qu'on est du genre à éteindre la lumière après ceux qui oublient...


C'est dimanche, dans le Mile End les touristes touristent, Kem Coba fait toujours des glaces et la Drogheria Fine fait toujours des gnocchi sauce tomate. Il fait chaud mais heureusement j'ai rendez-vous seulement à quelques blocs de chez moi. Je suis dans un état un peu étrange, entre le stress et l'excitation, mais je suis sûre de moi. J'attends ça depuis trop longtemps !


Le quartier est plutôt résidentiel, avec des maisons typiques de Montréal, la plupart du temps en brique, souvent avec un escalier extérieur devant le bâtiment. Les façades recouvertes de lierres et de végétations en tout genre cachent des appartements construits en enfilade, comme un long couloir. Quand j'arrive rue de Gaspé, je suis saisie par la différence d'architecture : les maisons de brique laissent place à de hauts immeubles, on dirait des constructions en Légo. Le 5445 abrite entre autre une partie des locaux Ubisoft, on peut voir le logo de l'entreprise sur la façade sud, tout en haut de l'immeuble. Une autre partie des locaux d'Ubisoft est d'ailleurs tout près d'ici, sur Saint-Laurent / Saint-Viateur.

Je ne sais pas ce qu'ils font, dans le bâtiment du début de la rue de Gaspé, mais une odeur putride s'en échappe qui me donne des haut-le-cœur.


Le Studio Minuit Dix est au quatrième étage du bâtiment, suite 416. Quand j'entre dans ce grand loft carré, au haut plafond et aux murs blancs, je ne vois personne et la musique tourne assez fort. Les books de chaque artiste sont posés sur une étagère en bois face à la porte d'entrée. Celui de Muriel de Mai est rose, je commence à le feuilleter en attendant que quelqu'un arrive pour s'occuper de moi. Muriel de Mai n'est pas seulement tatoueuse, elle est une artiste qui fait aussi du tatouage. C'est comme ça que sont présentées les occupantes de ce lieu sur le site internet. Elles sont des artistes qui utilisent le tatouage comme moyen d'expression. Muriel de Mai est aussi céramiste et illustratrice. C'est d'ailleurs elle qui est à l'origine du Studio Minuit Dix, qui se veut inclusif, accessible uniquement sur rendez-vous après avoir contacté une des artistes. L'effet recherché est atteint, on se sent bien dans ce studio.


Muriel de Mai m'accueille, toute discrétion et douceur. C'est la première fois pour moi alors elle m'explique simplement comment la séance va se dérouler. Le tatouage sera issu de son Flash Book, elle ne fera pas de demande particulière, je le savais avant d'arriver. Dans le book, certains des tatouages ont déjà été faits pour d'autres. Je peux les choisir, mais comme elle essaie de ne jamais tatouer deux fois la même chose, elle pourra apporter des petites modifications. J'aime son style au tracé simple, la plupart du temps juste à l'encre noire. Depuis le début je sais que je veux un des ses personnages alors je me concentre sur ceux-là et j'en trouve un qui me plait : une femme un peu rondelette tenant un éventail. Un genre de Mona Lisa. J'aime assez l'idée d'être la toile de cette artiste et j'arborerai fièrement ce petit morceau d'art gravé sur ma peau.


Une fois la zone à tatouer préparée, en l’occurrence l'avant-bras gauche, Muriel de Mai entame son travail avec minutie et délicatesse. Elle ne parle pas et se concentre. Je ne parle pas et me concentre aussi pour ne pas avoir mal. La douleur est soutenable, finalement, je m'attendais à pire. Elle s'arrête de temps en temps pour changer d'instrument et en profite pour me demander comment je vais : tout va bien, même pas mal ! Une heure et demi plus tard, ma petite bonne femme sur le bras est enfin là, le résultat est largement à la hauteur de mes espérances !



Je suis maintenant tatouée, ce qui est plutôt banal à Montréal, je me fonds un peu plus dans le décor. Je ne sais pas s'il y en aura d'autres, mais je suis heureuse que le premier soit de Muriel de Mai. C'est un souvenir de mon passage à Montréal que je ne risque pas de perdre...


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